Extrait du bulletin de
mai 2001
Les maux de crâne,
un vrai casse-tête...
Ce mois-ci, les maux
de tête, motifs fréquents
de consultation médicale ; un million
de personnes souffrent de migraines au Québec,
deux millions et demi de céphalées
de tension tout aussi douloureuses. La majorité
d'entre elles s'en disent perturbées
dans leur vie quotidienne et dans leurs
relations familiales et sociales. On estime
que 20 % des migraineux doivent s'absenter
du travail lors d'une crise, ce qui génère
des pertes de productivité et un
absentéisme dont les coûts
économiques sont évalués
à 500 millions de dollars sans compter
le mal-être humain, qui n'est pas
quantifiable en dollars.
LES MAUX DE CRÂNE,
UN VRAI CASSE-TÊTE...
Si vous ressentez une douleur
lancinante souvent plus forte d'un côté
de la tête, si vos crises durent de
quelques heures à trois jours et
vous affectent de une à six fois
par mois, si la douleur suit les battements
de votre cœur (douleur dite “
pulsatile ”), si vous percevez la
lumière, les odeurs et les bruits
comme une agression qui amplifie votre souffrance
et que nausées et vomissements l'accompagnent,
vous souffrez probablement de migraine.
Qu'est-ce
que la migraine ?
Le mot migraine provient
du mot grec “ hemikrania
et signifie “ douleur dans la moitié
du crâne ”. Résultat
d'une perturbation dans le fonctionnement
du cerveau, les crises migraineuses provoquent
une inflammation anormale des vaisseaux
sanguins des méninges (membranes
qui entourent le cerveau et la moelle épinière).
Cette inflammation est à l'origine
de la douleur.
Il y a
deux types de migraines |
- sans signes annonciateurs ou aura
(85 % des personnes)
- avec aura (15 % des personnes)
|
Quelques heures,
ou la journée précédant
la crise, les personnes migraineuses
éprouvent des troubles moteurs,
sensitifs ou visuels qui se développent
graduellement ; elles ont l'impression
de percevoir des points scintillants,
des zigzags lumineux, des lignes ondulées
et ressentent une faiblesse ou un
engourdissement.
Qu'est ce qui peut
déclencher une crise migraineuse? |
- certains facteurs alimentaires
: vin, chocolat, charcuteries, noix,
aliments frits, produits renfermant
du glutamate monosodique ou des
nitrates,
- modifications hormonales, plus
particulièrement un taux
élevé d'œstrogènes,
- stress ou effort excessif,
- effet secondaire de certains
médicaments, abus d'analgésiques,
- changements de température
ou de pression atmosphérique,
- trop ou pas assez de sommeil.
|
Qui en
souffre ? |
- la majorité des migraineux
sont âgés de 25 à
44 ans ; la migraine décroît
souvent avec l'âge
- la migraine frappe deux à
trois fois plus de femmes que d'hommes
; elle apparaît souvent au
début de la puberté,
s'aggrave volontiers au cours des
menstruations, s'améliore
pendant la grossesse et est donc
liée à des fluctuations
hormonales. Elle semble fréquente
en périménopause,
lorsque le taux d'œstrogènes
est à son maximum dans le
sang, et diminue d'intensité
lorsque la ménopause est
installée
- plus de la moitié des personnes
migraineuses présentent des
antécédents familiaux
de migraine
- entre 200 000 et 300 000 enfants
canadiens en souffrent
|
La crise migraineuse
évolue en trois phases, souvent
mal démarquées les unes
des autres : |
- la phase préliminaire
qui débute des heures ou
des jours avant le mal de tête.
On peut alors observer un certain
nombre de symptômes, tels
des changements d'humeur, de l'irritabilité,
troubles gastro-intestinaux (constipation,
ballonnements), tendance particulière
à consommer des sucreries
ou du chocolat
- la phase de la douleur,
(moyenne ou forte) qui semble pulser
dans la moitié de la tête,
aggravée par le mouvement
ou l'effort, nausées et vomissements,
hypersensibilité à
la lumière et aux bruits,
perte d'appétit, intolérance
aux odeurs, pâleur, froideur
des extrémités, diarrhée
ou constipation, bâillements,
nervosité, anxiété,
etc.
- la phase finale,
qui peut durer 24 heures. Après
la disparition du mal de tête,
certaines personnes éprouvent
soit une période de fatigue,
soit une vague de bien-être
ou d'euphorie.
|
Deux migraines
très rares : |
- la migraine rétinienne
qui s'accompagne d'une cécité
d'un œil,
- la migraine ophtalmoplégique
lors de l'atteinte de certains nerfs
crâniens.
|
Si vous ressentez un serrement au niveau
des tempes et à l'arrière
de la tête, si votre mal dure entre
30 minutes et sept jours, si vos crises
peuvent survenir à n'importe quel
moment de la journée, sont d'intensité
légère ou modérée
et ne vous empêchent pas de vaquer
à vos activités, vous souffrez
probablement d'une céphalée
dite de tension, type de mal de
tête parmi les plus communs.
La céphalée
(du mot grec kefalos qui signifie
tête) de type tension a des manifestations
moins dramatiques que la migraine. Elle
est chronique lorsqu'elle se produit plus
de 15 jours par mois, autrement elle est
dite épisodique.
Quelles sont les
causes de la céphalée
de tension ?
Les avis différent
: |
- il pourrait s'agir de contractions
douloureuses des muscles du crâne
ou du cou ou d'une forme moins sévère
de la migraine sans nausée
ni vomissements ;
- il pourrait exister une dysfonction
cervicale due à une mauvaise
posture ou à d'anciens traumatismes.
|
La céphalée de tension
survient à tout âge, surtout
chez les femmes, est associée au
stress et répond mal aux antimigraineux.
Elle peut être accompagnée
ou non de douleurs myofaciales. Le médecin
proposera des relaxants musculaires, des
antidépresseurs tricycliques, de
la physiothérapie ou des exercices
posturaux pour la traiter.
La céphalée
d'origine médicamenteuse
(ou céphalée de rebond) est
liée à un usage abusif et
prolongé (cinq ans en moyenne) de
caféine, d'analgésiques, d'opiacés
ou de benzodiazépines. Un aspect
typique de cette céphalée
est qu'elle apparaît quotidiennement,
le matin (au moment du sevrage médicamenteux),
et est soulagée par une dose de médication.
D'autres signes de sevrage, comme l'asthénie
(état de faiblesse), l'irritabilité,
des problèmes de concentration et
de l'insomnie peuvent survenir.
La céphalée
post-traumatique est, paradoxalement,
une complication plus fréquente des
traumatismes crâniens mineurs que
majeurs et n'a pas de rapport avec la durée
de coma ou l'amnésie post-traumatique.
Elle est accompagnée d'une diminution
des capacités d'attention, de concentration
et de mémoire, un ralentissement
psychique, une fatigabilité anormale
et des modifications de l'humeur. Pour la
traiter : relaxants musculaires, antidépresseurs,
anti-inflammatoires non stéroïdiens,
physiothérapie et psychothérapie
seront proposés
La céphalée
de Horton (cluster headache)
affecte six hommes (d'ordinaire les gros
fumeurs) pour une femme et s'installe dans
la vingtaine ou la trentaine. Les accès
surviennent surtout la nuit, “ en
grappes ”, et durent de 15 à
180 minutes, pendant deux à trois
mois avec des périodes de rémission
plus ou moins longues. La douleur est intense,
non-pulsatile (ne suit pas les battements
du cœur), se localise d'un seul côté
de la tête, au niveau de la tempe
ou de l'œil qui rougit et larmoie,
s'accompagne de congestion nasale, de sudation
faciale mais sans nausée ni vomissement.
Dans 10 % des cas, la névralgie devient
chronique, dure plus d'un an avec au moins
deux crises par semaine et est difficile
à traiter.
Une variante très
rare de ce mal touche surtout les femmes,
il s'agit de l'hémicrânie
paroxystique chronique qui présente
les mêmes caractéristiques
que la “ céphalée en
grappes ” mais dont les crises sont
plus courtes (de deux à cinq minutes)
et plus fréquentes (de cinq à
30 fois par jour)
Les céphalées
diverses non lésionnelles
peuvent être déclenchées
par l'ingestion d'un aliment très
froid, l'exposition de la tête à
une basse température, un effort
physique ou une relation sexuelle.
Les traitements pharmacologiques
En cas de
crise :
Deux grands groupes de médicaments
servent au traitement des crises migraineuses
: |
- Les analgésiques
et les anti-inflammatoires non-stéroïdiens,
utilisés également
pour soigner différents types
d'affection.
- Les médicaments
spécifiques contre les migraines.
|
Plusieurs médicaments
peuvent s'avérer des armes à
double tranchant : ils soulagent lors d'une
crise aiguë, mais peuvent aussi provoquer
des réactions indésirables,
en cas d'usage abusif.
Les différents types
d'analgésiques (aspirine, codéine,
acétaminophène, etc.), en
vente libre ou sous ordonnance, sont généralement
efficaces en cas de crise légère
ou modérée. Lors de crise
sévère, le butorphanol, peut
s'avérer bénéfique
mais peut aussi, à long terme, occasionner
des céphalées de rebond.
En cas de crise aiguë,
les dérivés de l'ergot (DHE
ou dihydroergotamine, Ergomar, Cafergot)
et les triptans (Imitrex, Amerge, Zomig),
seraient efficaces. Ces médicaments
sont des vasoconstricteurs (diminuent le
calibre des vaisseaux) et ne peuvent être
prescrits à des personnes souffrant
d'angine.
On peut aussi penser à
un traitement pharmacologique de prévention
qui aide à diminuer la fréquence
des crises : antidépresseurs tricycliques
(Elavil, Sinequan, Aventyl, Tofranil), béta-bloquants
(Indéral, Lopresor, Blocadren), etc.
Les traitements peuvent s'étaler
sur une période allant de deux à
six mois, mais doivent être fait avec
prudence en raison des contre-indications
diverses et du nombre d'effets secondaires
(bouche sèche, somnolence, gain de
poids, rétention urinaire, etc.).
Un certain nombre d'approches
naturelles s'avèrent utiles pour
soulager et prévenir les maux de
tête
Nous sommes les
premiers (e) s à savoir ce
qui pourrait déclencher chez
nous un mal de tête et c'est
à ce niveau que nous pouvons
agir : |
- changer notre alimentation
si nous constatons que les fromages,
les plats trop épicés,
les sucreries, les alcools, le café
ou le thé, ne nous conviennent
pas.
|
Un livre de recettes excitantes, concoctées
par 19 des meilleurs chefs cuisiniers canadiens,
a été réalisé
par l'Association canadienne de la migraine.
Idées Recettes sensationnelles pour
les migraineux se commande, à
19,95 $, à la Fondation québécoise
de la migraine et des céphalées
(voir plus bas).
Ajouter certaines vitamines
et oligoéléments, comme le
magnésium et la vitamine B2 (voir
Une véritable amie, vol. XV, n°
8, janvier 1999, rubrique Entre Amies) semblerait
efficace :
- corriger de mauvaises postures pendant
le sommeil ou au travail ;
- faire de l'exercice et apprendre à
nous détendre par le yoga, le taï
chi, le bio-feedback, la méditation
ou toute autre méthode de relaxation
;
- essayer par l'acupuncture d'équilibrer
la distribution de nos énergies
;
- explorer en psychothérapie ce
que nos maux de tête expriment de
nos tensions et conflits intérieurs
;
- tenter par l'homéopathie et
la phytothérapie de soulager ou
de prévenir les crises migraineuses.
Certaines plantes, telles
que gingembre, matricaire , camomille et
écorce de saule, seraient efficaces.
Le gingembre moulu à des doses quotidiennes
de 1/2 à 1 cuillère à
thé, 2 à 5 ml bloquerait l’histamine
- qui perturbe la circulation sanguine-
et inhiberait les prostaglandines - qui
jouent un rôle dans l’inflammation.
La matricaire, de la famille
des chrysanthèmes, dont l'ingrédient
actif est le parthénolide, aurait
un rôle régulateur dans la
libération de la sérotonine.
La matricaire peut causer des effets indésirables:
ulcères à la bouche ou à
la gorge, accélération du
rythme cardiaque, douleurs abdominales,
vertiges et menstruations plus abondantes).
La grande camomille, plante
qui rappelle la marguerite, soulagerait
les migraines par le biais de ses vertus
digestives.
L'écorce de saule
contient de l'acide salicylique (ingrédient
actif de l'aspirine). Son écorce
séchée et broyée peut
être macérée, pendant
un mois, dans du vin blanc doux (3 c. à
soupe dans une bouteille de vin). En boire
deux cuillères à soupe comme
apéritif avant les repas.
Une ressource
utile :
La Fondation québécoise
de la migraine et des céphalées
qui offre un service de documentation et
d'information : journal “L'entête”,
qui paraît six fois l'an, mise sur
pied de groupes d'entraide, conférences,
brochures et vidéocassettes.
Tél. : 514-331-8207
et 1 800 463-8383
et ligne Info Migraine,
au 514-331-8568
Principales
sources bibliographiques |
- Le médecin du Québec,
volume 33, n 12, décembre
1998 et volume 34, n° 3, mars
1999
- L'actualité médicale,
18 novembre 1998 et 1e mars 2000
- The Canadian Journal of CME,
janvier 1999
|
Retour
à la liste d'articles
|